Le Bassin du Congo à la croisée des chemins

Le cœur du poumon vert africain

Le Bassin du Congo représente la deuxième plus grande forêt tropicale humide au monde après l'Amazonie, s'étendant sur plus de 2,3 millions de kilomètres carrés à travers l'Afrique centrale. La République Démocratique du Congo détient à elle seule 160 millions d'hectares de forêts naturelles, 60% de l'ensemble du Bassin, couvrant 68% de son territoire national. Cette vaste étendue verte est bien plus qu'un ensemble d'arbres : elle constitue un régulateur planétaire critique, séquestrant d'immenses quantités de carbone, générant des cycles de précipitations s'étendant à travers les continents, et soutenant des communautés autochtones dont les moyens de subsistance forestiers remontent à des millénaires.

Le Rwanda voisin, bien que plus petit, complète cette mosaïque écosystémique. Connu comme le « pays des mille collines », les montagnes volcaniques, forêts de montagne et lacs du Rwanda forment un pont écologique entre les basses terres du Bassin du Congo et le hotspot de biodiversité afro-montagnard oriental. Ensemble, ces paysages abritent certaines des espèces les plus emblématiques et menacées d'Afrique : gorilles de montagne dans le Parc National des Volcans, gorilles de Grauer à Kahuzi-Biega, bonobos à Lomako-Yokokala, okapi, éléphants de forêt, et le paon du Congo, seule espèce de paon endémique d'Afrique.

Des menaces qui s'accélèrent

Pourtant, ce patrimoine naturel irremplaçable fait face à des pressions croissantes. Entre 1990 et 2020, le Bassin du Congo a perdu plus de 352 000 kilomètres carrés de couverture forestière, 8,5% de sa superficie forestière totale. La République Démocratique du Congo a perdu 7,4 millions d'hectares de forêts primaires humides entre 2002 et 2024 seulement, représentant une réduction de 7% de ses forêts les plus précieuses écologiquement. En 2024, la perte forestière a atteint 1,2 million d'hectares, libérant environ 820 millions de tonnes métriques de CO₂ dans l'atmosphère.

Les trajectoires actuelles suggèrent que sans intervention, 174 000 à 204 000 kilomètres carrés supplémentaires pourraient disparaître d'ici 2050. Les facteurs sont multiples : l'agriculture de subsistance demeure la cause principale, alimentée par une croissance démographique rapide et des alternatives de subsistance limitées. L'agriculture industrielle, l'exploitation minière artisanale et l'expansion urbaine ajoutent des pressions supplémentaires. Dans l'est de la RDC affecté par les conflits, la crise humanitaire intensifie la dégradation environnementale : plus de 800 000 personnes déplacées autour de Goma et Bukavu dépendent fortement du charbon de bois provenant d'aires protégées pour la cuisson et le chauffage, tandis que des groupes armés taxent le commerce illégal de bois et de charbon, générant des millions de dollars annuellement et sapant l'application des mesures de conservation.

Un potentiel exceptionnel dans la complexité

Malgré ces défis, le potentiel du Bassin du Congo reste extraordinaire. Ses forêts fournissent des services écosystémiques essentiels à des millions de personnes : régulation des cycles de l'eau, prévention de l'érosion des sols, stockage de carbone équivalent à des décennies d'émissions mondiales, et fourniture d'aliments, de médicaments et de matériaux aux communautés locales. La biodiversité de la région est inégalée : le seul Parc National de la Virunga abrite plus d'espèces que toute autre aire protégée en Afrique, couvrant des habitats allant des marécages de plaine aux sommets afro-alpins. Kahuzi-Biega protège les plus grandes populations restantes de gorilles de Grauer au monde, tandis que Lomako-Yokokala abrite des populations de bonobos d'importance mondiale et constitue un bastion potentiel pour le paon du Congo.

Le Rwanda démontre que conservation et développement peuvent s'aligner : son tourisme lié aux gorilles de montagne génère plus de 600 millions de dollars annuellement (environ 4,3% du PIB), finançant directement la conservation tout en créant des milliers d'emplois. La stabilité, une gouvernance claire et des investissements stratégiques ont fait du Rwanda un modèle de la manière dont les aires protégées peuvent stimuler une croissance économique durable. L'approche du pays, combinant protection stricte et partage des revenus avec les communautés, offre des leçons précieuses pour l'ensemble de la région.

La réponse intégrée d'Artemis Africa

Le travail d'Artemis Africa est ancré dans cette réalité complexe. Nous reconnaissons que la conservation de la biodiversité ne peut réussir isolément du bien-être humain, ni que le développement communautaire ne peut être durable sans des écosystèmes sains. Nos trois programmes stratégiques forment une réponse intégrée :

1. Conservation de la biodiversité : Nous déployons des technologies de surveillance de pointe, enregistreurs acoustiques passifs, pièges photographiques, télémétrie GPS et analyses spatiales, pour combler les lacunes critiques de connaissances sur les espèces menacées. Nos recherches sur des oiseaux insaisissables comme la Chouette de Prigogine et l'Engoulevent de Prigogine, notre travail de télémétrie sur le paon du Congo, et nos inventaires dans des sites sous-étudiés comme Lomako-Yokokala génèrent les données scientifiques essentielles pour une gestion fondée sur des preuves. Ces recherches informent directement les évaluations de la Liste Rouge de l'UICN, les plans de gestion des aires protégées et les stratégies de conservation régionales, transformant la compréhension du statut de conservation des espèces et de leurs besoins en matière d'habitat.

2. Engagement communautaire : Parallèlement à la recherche scientifique, nous développons des alternatives économiquement viables à l'exploitation forestière. Notre programme d'apiculture durable fournit des revenus aux communautés autour des Parcs Nationaux de Kahuzi-Biega et d'Akagera, réduisant la dépendance aux activités destructrices. L'initiative OSIRIS/Bee4Future de ruche connectée est pionnière de l'apiculture intelligente activée par l'IoT en Afrique centrale, combinant innovation technologique et modèles économiques inclusifs. Notre programme d'énergies alternatives, formant les communautés à produire des boules d'argile combustibles et des foyers améliorés, réduit directement la demande de charbon de bois : les familles utilisant ces technologies réduisent leur consommation de charbon de 70-80%, diminuant la pression sur les forêts protégées tout en améliorant les résultats sanitaires en réduisant la pollution de l'air intérieur. Depuis 2021, nous avons formé plus de 1 200 producteurs dans quatre villages, avec environ 12 000 à 20 000 sacs de charbon économisés annuellement, équivalent à approximativement 96 000 à 160 000 arbres préservés.

3. Écotourisme : Notre initiative Visit Congo transforme la conservation en opportunité économique. En développant des produits touristiques responsables, trekking avec les gorilles, ascensions de volcans, expéditions au Lac Kivu, rencontres culturelles et expériences de tourisme scientifique, nous générons des revenus qui financent directement les programmes de conservation et le développement communautaire. Trente pour cent des revenus touristiques sont réinvestis dans des activités de protection de la biodiversité et d'engagement communautaire, créant un cercle vertueux où les expériences des visiteurs soutiennent directement les paysages et communautés qu'ils rencontrent. Ce modèle démontre que les écosystèmes du Bassin du Congo peuvent générer une valeur durable à long terme qui dépasse largement les alternatives extractives à court terme.

Perspectives d'avenir

L'avenir du Bassin du Congo est en jeu. Les trajectoires actuelles de perte forestière, si elles ne sont pas maîtrisées, dégraderont irréversiblement des écosystèmes qui régulent le climat régional et mondial, abritent une biodiversité irremplaçable et soutiennent des millions de personnes. Pourtant, la situation n'est pas prédéterminée. Avec des interventions stratégiques qui abordent à la fois les dimensions écologiques et socioéconomiques, un avenir différent est possible, un avenir où des forêts florissantes, des communautés résilientes et des économies durables coexistent.

L'approche intégrée d'Artemis Africa, combinant science rigoureuse, développement centré sur les communautés et modèles économiques durables, offre une voie à suivre. En produisant les données qui guident les décisions de gestion, en développant des alternatives qui réduisent la pression sur les forêts, et en démontrant la valeur économique de la conservation à travers un tourisme responsable, nous œuvrons pour faire passer la trajectoire du déclin à la résilience. Notre travail est local dans son exécution mais mondial dans sa signification : protéger les forêts du Bassin du Congo n'est pas simplement une préoccupation régionale mais un impératif planétaire, essentiel pour la stabilité climatique, la préservation de la biodiversité et le bien-être des générations présentes et futures.